Partage de textes

Maurice Zundel

Sur la Trinité

Dès le premier instant de son existance, et en tant précisément que créature humaine, Jésus est entraîné par la vague, porté tout entier par elle, sans possibilité de reprise et de retour à soi, jeté dans la Divinité comme le serait une coquille de noix qui serait emportée par une vague égale à tout l'océan.
La coquille de noix, c'est l'humanité du Christ, l'océan ou plutôt la vague coïncidant avec l'océan, c'est l'élan même de cette relation subsistante éternelle qui constitue tout l'élan du Fils vers le Père.

En Jésus, en son humanité, le plein midi de la révélation éclate, justement parce que cette humanité n'est plus rien d'autre qu'un sacrement qui révèle Dieu de façon totale et permanente : elle le révèle en ce qu'elle est un élan de tout son être vers l'Autre divin dans le déracinement total d'elle-même.

L'immense nouveauté de la confidence trinitaire que nus fait Jésus, c'est qu'elle nous introduit dans la vie intime de Dieu.
Qu'est-ce que Dieu en Lui-même ? Dieu est Amour, Dieu est Charité.
Et comment est-il Charité ? Il est Charité parce qu'il n'est pas solitaire, parce qu'il trouve l'Autre en Lui, parce qu'il n'a de prise sur son être qu'en se communiquant.

«(...) la Trinité est la délivrance d’un cauchemar où l’humanité se débat quand elle se situe en face d’une divinité dont elle dépend et à laquelle elle est assujettie: pourquoi Lui plutôt que moi? Pourquoi suis-je la créature, et Lui le Créateur?... 

Dans l’ouverture du Coeur de Dieu à travers le Coeur du Christ, il y a justement cette manifestation incroyable et merveilleuse que Dieu est Dieu parce qu’il se communique, qu’il est Dieu parce qu’il se donne tout, parce qu’il est la désappropriation infinie et éternelle, parce qu’il a la transparence d’un enfant, une transparence où toute espèce d’appropriation est impossible, où le regard est toujours dirigé vers un l’Autre, où la personnalité, où le moi, n’est qu’un pur et infini altruisme...  

Jésus, en nous révélant la Trinité, nous a délivrés de Dieu ! Il nous a délivré de ce Dieu cauchemar, extérieur à nous, limite et menace pour nous: il nous a délivrés de ce Dieu-là! Il nous a délivrés de nous-mêmes qui étions nécessairement, et sourdement, même si nous n’osions l’avouer, en révolte contre ce Dieu-là.