Partage de textes

Jésus a quitté sur un ânon le mont des Oliviers. Traversant la vallée du Cédron, il est acclamé au son des « Hosanna ! » d’une foule en liesse.

Suivons-le maintenant lors de sa double entrée : dans Jérusalem et dans le Temple.

 

ENTREE DANS JERUSALEM

 

Un Séisme

Matthieu dit que toute la ville est « en séisme » à l’entrée de Jésus. La figure du Séisme est largement attestée dans la Bible lors des manifestations du Seigneur. Lorsque Dieu intervient, toujours la terre tremble !
II Samuel 22,7-8 : Dans mon angoisse, j’appelai le Seigneur ; vers mon Dieu, je lançai un appel ; de son temple il entend ma voix : mon cri parvient à ses oreilles. La terre titube et tremble, les fondements du ciel frémissent…

 

Une question
Lorsque les autorités posent une question : « Qui est-ce ? », il est manifeste que Matthieu reprend le psaume 24, le chant d’entrée des pèlerins qui se rendent à Jérusalem. Par ces formules liturgiques, les prêtres, dans un dialogue avec eux, invitent à une profession de foi : « C’est le fort, le vaillant ! »

Psaume 24 : Qui est ce roi de gloire ? C'est le Seigneur, le fort, le vaillant, le Seigneur, le vaillant des combats. Portes, levez vos frontons, + levez-les, portes éternelles : qu'il entre, le roi de gloire ! Qui donc est ce roi de gloire ? + C'est le Seigneur, Dieu de l'univers ; c'est lui, le roi de gloire.

Mais dans le texte évangélique, la foule répond : C’est le prophète Jésus de Nazareth, pas si fort que ça ! Il vient de cette terre, la Galilée, choisie par Dieu pour s’y révéler alors qu’elle était considérée comme aux antipodes de Jérusalem. Jésus entre dans la « Ville sainte », pas si sainte, puisqu’elle deviendra celle « qui tue les prophètes ».

 

 

ENTREE DANS LE TEMPLE

 

Au moment où Jésus entre dans la ville, disciples et foule ne sont plus mentionnés. Ils faisaient corps avec le projet de Jésus ; désormais, tout se dira dans une structure adversative. Jésus y est seul acteur au milieu d’un environnement hostile. Face aux prêtres et aux scribes, Jésus en appelle à l’Ecriture.

 

1° acte : Les vendeurs du Temple

Après avoir renversé les tables des vendeurs, Jésus cite deux passages de l’Ecriture.

D’abord Isaïe avec une invitation adressée à tous les peuples à rejoindre Jérusalem. Au début du chapitre, le prophète dénonçait la défection totale des guetteurs d’Israël qui ont failli par insouciance, aveuglement, en ne poursuivant que leurs intérêts.

Isaïe 56,7 : Je les conduirai à ma montagne sainte je les comblerai de joie dans ma maison de prière, leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel, car ma maison s’appellera « Maison de prière pour tous les peuples ».

 

Puis Jérémie qui dénonce le culte pervers par lequel la peuple pense se concilier à Dieu alors qu’il s’en détourne dans les pratiques bafouant la justice et allant vers les idoles.

Jérémie 7,10-11 : Dans cette Maison sur laquelle mon nom est invoqué, vous pouvez vous présenter devant moi, en disant : « Nous sommes sauvés » ; et vous faites toutes ces abominations ! Est-elle à vos yeux une caverne de bandits, cette Maison sur laquelle mon nom est invoqué ? Pour moi, c’est ainsi que je la vois – oracle du Seigneur.

 

Jésus rompt radicalement avec une religion du « do ut des » : je te donne afin que tu me donnes… Jésus ne désire plus de sacrifice mais une prière en esprit et en vérité, et des actes car l’amour du prochain vaut bien plus que des sacrifices…

 

2° acte : Les guérisons dans le Temple

 

Scandaleux ! L’antique loi du Lévitique est mise à mal !

Lévitique 21,17-19 : Tu diras : Dans toutes tes générations, aucun homme de ta descendance, s’il a une infirmité, ne s’approchera pour présenter la nourriture de son Dieu. Car aucun homme atteint d’une infirmité ne s’approchera, qu’il soit aveugle, boiteux, défiguré ou difforme, qu’il soit un homme au pied ou au bras fracturé, un bossu ou un rachitique, quelqu’un qui a une tache dans l’œil, qui est affecté de gale ou de dartres purulentes, ou qui a les testicules écrasés.

Mais dans l’évangile de Matthieu, il apparaît que pour Jésus, accomplir la loi, c’est la traverser, au service de l’homme, en particulier les petits. Désormais, il n’y a plus d’exclus devant le salut de Dieu. Ils rencontrent dans le temple celui qui est « bien plus que le temple » (12,6). Le chemin leur est ouvert, et c’est à Jésus qu’il mène. Le véritable culte trouvera désormais en lui son centre.

 

3° acte : La louange des tout-petits, des sans-voix !

 

Devant le chant des enfants dans le temple, les autorités demandent à Jésus : « Entends-tu ce qu’ils disent ? » Jésus répond en citant le psaume 8

Psaume 8 : Ô Seigneur, notre Dieu, qu'il est grand ton nom par toute la terre ! Jusqu'aux cieux, ta splendeur est chantée par la bouche des enfants, des tout-petits : rempart que tu opposes à l'adversaire, où l'ennemi se brise en sa révolte.

A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas, qu'est-ce que l'homme pour que tu penses à lui, le fils d'un homme, que tu en prennes souci ?

Tu l'as voulu un peu moindre qu'un dieu, le couronnant de gloire et d'honneur…

Ce chant affirme la prééminence de la voix des « nourrissons », des sans-parole (cf. en latin in-fans). La louange des tout-petits contraint au silence les grands-prêtres et les scribes. C’est elle qui est agréée par le Seigneur. Le véritable culte n’est plus le sacrifice mais la louange. Il n’est plus dans le temple car l’espace de la louange s’ouvre à la terre entière. Il est ouvert à tous les hommes qui cherchent Dieu.

 

L’entrée de Jésus dans Jérusalem et dans le Temple sera compris par les autorités comme une provocation. Désormais, tout est ficelé pour le condamner à mort. Dans un dernier acte, Jésus SORS de la ville. Nous venons combien cette « sortie » est prophétique.