Partage de textes

 

 

Jésus quitte le mont des Oliviers et, conformément au prophète Zacharie, traverse la vallée du Cédron monté sur une ânesse, et sur un ânon, petit d’une bête de somme.
Il y est acclamé au son des « Hosanna »

A travers ce récit, Matthieu renvoie le lecteur à plusieurs références bibliques qui en disent long sur ce que l’évangéliste veut nous transmettre de sa foi dans le Christ-Jésus.

Je vous propose simplement d’en découvrir certaines.

 

LA MONTURE


I Rois 1,5 : Adonias, jouait au prince disant : « C’est moi qui régnerai ». Il se fit préparer un char, des cavaliers, ainsi que cinquante hommes pour courir devant lui.
Pour l’évangéliste, Jésus est le Roi mais il est doux, rapporte Zacharie, assis sur une monture dérisoire, celle des pauvres, figure Pacifique par excellence. Par cette attitude, il contredit la richesse et l’éclat du Temple vers lequel il s’avance.


I Samuel 6,7 : Maintenant, prenez et préparez un chariot neuf ainsi que deux vaches qui allaitent et qui n’ont pas encore porté le joug ; vous attellerez les vaches au chariot… puis, vous prendrez l’arche du Seigneur et vous la placerez sur le chariot.
C’est ainsi que l’Arche » du Seigneur devait retourner à Sion. L’ânon appelé à servir de monture à Jésus dans son entrée à Jérusalem porte la caractéristique des animaux réservés dans l’Ancien Testament, au service du Seigneur. Matthieu le rappelle d’un mot dans la fin de sa citation : « le petit d’une bête de somme ». Aucune hésitation, en ce cas, c’est bien l’ânon nouveau – n’ayant jamais porté le joug – qui est la monture de Jésus dans son entrée messianique. La lecture ici ne prétend pas toucher l’événement, mais bien ce que Matthieu en dit dans son récit, dont on perçoit la portée hautement théologique.
 

Genèse 49,11 : Le sceptre royal n’échappera pas à Juda… Il attache à la vigne son ânon, au cep, le petit de son ânesse. Il foule dans le vin son vêtement, dans le sang des raisins, son manteau. Ses yeux brillent plus que le vin, ses dents sont plus blanches que le lait.
Lorsque Jacob bénit Juda, il lui confie la royauté sur toutes les tribus. Ce récit sera bien entendu présent dans l’église St Rémi grâce à la mention sur le vin et la vigne. Pour Matthieu, tout est clair : l’ânon que Juda « attachait » à la vigne est ici « détaché » par Jésus. Ce dernier est donc le Roi messianique attendu par Israël.

 

EN CHEMIN

 

2 Maccabée 10 : Sous la conduite du Seigneur, Judas Maccabée et ses compagnons reconquirent le Temple et la ville de Jérusalem. Ils détruisirent les autels païens édifiés sur la place publique par les étrangers, ainsi que leurs lieux de culte. Après avoir purifié le Temple, ils bâtirent un nouvel autel… Ils célébrèrent cette fête dans l’allégresse, durant huit jours, à la manière de la fête des Tentes, se souvenant comment, peu de temps auparavant, lors de la fête des Tentes, ils campaient dans les montagnes et les cavernes à la manière des bêtes sauvages. C’est pourquoi, portant des thyrses, des rameaux verdoyants et des palmes, ils faisaient monter des hymnes vers Celui qui avait mené à bien la purification de son propre Lieu saint. Puis ils décrétèrent par un édit public et un vote que toute la nation des Juifs célébrerait ces jours-là chaque année.
Il y a une proximité entre la fête des tentes (Sukkôt) et celle de la dédicace du Temple. Pour Matthieu, Jésus ne rentre pas dans le Temple pour le purifier de la souillure des païens. L’occupant que Jésus défait, ce sont les chefs du peuple, et non les étrangers, et le peuple ne peut contenir sa liesse ! Mais la geste de Jésus n’est pas une « purification » du Temple. Il en trace un autre usage… Aimer Dieu de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices !
 

Psaume 117,25 : Donne, Seigneur, donne le salut ! Donne, Seigneur, donne la victoire ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! De la maison du Seigneur, nous vous bénissons !
Psaume chanté lors de la fête de Sukkôt, Matthieu nous livre l’expression liturgique de la fête "Hosanna !" (De grâce, sauve !) qui était comme un cri qui, associé à l’agitation des palmes, entraînait la foule dans un tourbillon de joie et d’allégresse. L’évangéliste le lie aussi aux expressions « fils de David » et « Celui qui vient » qui caractérisent le Messie attendu…

 

Psaume 148 : Alléluia ! Louez le Seigneur du haut des cieux, louez-le dans les hauteurs. Tous les jeunes gens et jeunes filles, les vieillards comme les enfants, qu'ils louent le nom du Seigneur, le seul au-dessus de tout nom ; sur le ciel et sur la terre, sa splendeur.
Matthieu met un lien entre le cri du peuple et le chant du ciel (Gloire à Dieu au plus haut des cieux…) Le Hosanna n’est pas adressé à un messie politique. Il met en même temps en relation la terre et le ciel, les hommes et Dieu, dans une révélation qui dépasse l’homme. Le cri revêt ainsi une importance théologique plus grande qu’il n’y paraît.

 

Dans notre lecture du récit des Rameaux, nous voyons peu à peu les passages de l’Ecriture qui sont à la source de l’écriture de Matthieu. Ce dernier a, avec des années de réflexion, « compris » Jésus, ses paroles et ses gestes, dans une lecture nouvelle des livres bibliques. Laissons-nous émerveiller !