Partage de textes

Hans Küng

En l’honneur du Ressuscité, on a commencé à chanter les chants du psautier compris en un sens messianique, et spécialement les psaumes d’intronisation. Un juif de ce temps pouvait facilement se représenter l’élévation auprès de Dieu par analogie avec l’intronisation du roi d’Israël…
C’est sans doute le psaume 110 qui était sans cesse chanté et cité. Le roi David y chante son « fils » à venir, qui est en même temps son « Seigneur » : « Oracle du Seigneur à mon Seigneur : siège à ma droite ! » (verset 1). Ce verset répondait en effet à la question brûlante des adeptes juifs de Jésus quant au « lieu » et à la fonction du Ressuscité : où est maintenant le Ressuscité ? On pouvait répondre : auprès du Père, « à la droite du Père », non pas dans une communauté d’être, mais bien dans une « communauté de trône » avec le Père…
Dans le psaume 2, verset 7 – un rituel d’intronisation –, le Messie-Roi est même explicitement appelé « fils » : « Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » Il est remarquable qu’ « engendrer » soit ici synonyme d’introniser, d’élever… C’est pourquoi, dans les Actes des Apôtres, ce psaume 2 est repris et appliqué à Jésus : « Il [Dieu] m’a dit [au roi ou au messie dans le psaume, à Jésus dans les Actes des Apôtres] : « Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » Pourquoi ce développement a-t-il lieu ? Parce que, dans le Nouveau Testament, la pensée reste intrinsèquement juive : « engendré » comme roi, « engendré » comme Oint (Messie, Christ), ne signifie en effet rien d’autre qu’être investi comme représentant et comme fils. Et par « aujourd’hui », les Actes ne veulent évidemment pas désigner Noël, mais Pâques : donc non pas la fête de l’enfantement, du « devenir homme », de l’incarnation, mais le jour de la résurrection, de l’élévation de Jésus auprès de Dieu, de Pâques, la fête centrale de la chrétienté… son intronisation dans une position de droit et de pouvoir, dans le sens des Hébreux de l’Ancien Testament… C’est une élection de Jésus par Dieu, qui lui remet les pleins pouvoirs, tout à fait dans l’esprit de la Bible hébraïque où le peuple d’Israël est lui aussi parfois appelé collectivement « fils de Dieu ».